print
Plusieurs années auront été nécessaires avant son inauguration

Jacques Paris de Bollardière a désormais sa place à Brest

samedi 4 avril 2009

Le Conseil municipal de Brest, par une délibération du 27 juin 2008, avait décidé de dénommer par un vote à l’unanimité, la place située à l’angle du boulevard Clémenceau et de la rue Duguesclin, du nom de Général Jacques Pâris de Bollardière. L’inauguration a eu lieu le samedi 21 mars, en présence de son épouse, Madame Simone de Bollardière, et de sa fille, Madame Armelle Bothorel.

D’aucuns s’étonneront qu’à Brest où pullulent rues, places, squares baptisés de noms de militaires, ait mis tout ce temps pour rendre hommage à l’un des Français les plus décorés de la Seconde Guerre mondiale...

Songez que Jacques Pâris de Bollardière a été décoré :

  • Grand Officier de la Légion d’honneur
  • Compagnon de la Libération
  • Croix de guerre 1939-1945 (5 citations)
  • Médaille de la Résistance
  • Croix de Guerre (Belgique)
  • Distinguished Service Order and Bar (Royaume-Uni)
  • Officier de l’Ordre royal de la Couronne (Belgique)

Il est vrai que le parcours de vie de Jacques de Bollardière, manifestant un esprit libre, hors du commun, n’était pas pour plaire à certains conservatismes locaux (militaires et autres). Car Jacques de Bollardière ne fut pas qu’un grand militaire et résistant, il fut aussi dans les dernières années de sa vie, un militant actif de la non violence.

C’est plus particulièrement cet homme là, qui avait su placé sa vie sous le signe du combat contre la barbarie et pour la paix, dont Les Verts et leurs élu-es de Brest sont heureux de voir, aujourd’hui, la ville honorer la mémoire. Les Verts ont le sentiment d’avoir fait oeuvre utile en intervenant à plusieurs reprises, en 2004 et 2005, sous la forme de courriers, de rencontre avec l’adjoint à la culture de l’époque, et par des interventions en conseil municipal, pour faire avancer ce dossier. Prenons le temps aujourd’hui de mieux connaitre la vie de Jacques Paris de la Bollardière.

La vie de Jacques de Bollardière

Né en 1907, à Chateaubriand, fils d’un officier de marine, il fait des études au lycée militaire de la Flèche puis à Saint Cyr.

En février 1940, il devient capitaine et prend part à la campagne de Norvège. Débarqué à Brest le 13 juin, il assiste à la débâcle et décide de rejoindre Londres. Embarqué sur un chalutier à Paimpol, il se rallie immédiatement aux Forces françaises libres.

Il participe aux campagnes du Gabon, d’Érythrée , de Syrie, de Libye, A la bataille d’El Alamein, il est blessé.

En octobre 1943, il rejoint l’Angleterre. Parachuté à Mourmelon le 12 avril 1944, il organise le maquis des Manises dans les Ardennes.

Juste après la guerre, il rejoint l’Indochine jusqu’en 1953. En décembre 1953, il est promu général de brigade en Algérie.

Son engagement contre le recours à la torture

C’est en Algérie que Jacques de Bollardière va se faire connaitre du grands public. Son engagement contre la torture en Algérie va marquer une étape essentielle dans son existence.

Jacques de Bollardière est, en effet, le seul officier supérieur à avoir condamné ouvertement la pratique de la Torture pendant la guerre d’Algérie. Cela lui vaudra une sanction de soixante jours d’arrêt de forteresse.

Il déclare alors : « La guerre n’est qu’une dangereuse maladie d’une humanité infantile qui cherche douloureusement sa voie. La torture, ce dialogue dans l’horreur, n’est que l’envers affreux de la communication fraternelle. Elle dégrade celui qui l’inflige plus encore que celui qui la subit. Céder à la violence et à la torture, c’est, par impuissance à croire en l’homme, renoncer à construire un monde plus humain. »

Il démissionne de l’armée au moment du putsch des Généraux (avril 1961).

L’homme de la non violence active

Il devient alors un membre actif du Mouvement pour une alternative non-violente (MAN) avec sa femme Simone. Il participe au mouvement de défense du Larzac menacé par l’extension d’un camp militaire. Le 17 juillet 1973, il est arrêté, en compagnie de Jean Toulat, Jean-Marie Muller et Brice Lalonde, sur le voiler Fri, au large de Moruroa alors qu’il manifeste de façon non-violente contre les essais nucléaires atmosphériques (et plus généralement contre la dissuasion nucléaire).

Chrétien social convaincu, il devient président de l’association " Logement et promotion sociale" de 1968 à 1978.

Régionaliste convaincu, il soutient en particulier les écoles Diwan en langue bretonne.

Il décède en 1986.

En inaugurant une place de Bollardière, Brest se met au diapason de nombreuses autres villes qui l’ont déjà fait.

C’est le cas notamment de la capitale Paris, le carrefour entre les avenues de Suffren et de la Motte-Picquet (VIIe et XVe arrondissement). L’inauguration a eu lieu le 29 novembre 2007.

En Bretagne la ville de Lorient, Hennebont, Quimperlé, Rennes,.. ont aussi rendu hommage à de Bollardière. Tout récemment, le 30 janvier 2009, le conseil municipal de la Ville de Rezé (Loire-atlantique) a adopté une délibération baptisant une rue au nom du Général Jacques Paris de Bollardière.

©© Brest-ouvert, article sous licence creative common info

Forum
Brest ouVert - http://www.brest-ouvert.net