Partager n’est pas voler ! (chronique d’un mensonge historique)
La loi HADOPI est fondée sur une méconnaissance irresponsable des principes fondamentaux du monde numérique. Cet aveuglement coupable est partagé par le législateur et les nouveaux moines copistes qu’il défend. L’objectif de la loi, qui est de dissuader le partage d’œuvres entre particuliers, part du postulat que "pirater tue", que "télécharger c’est piller", en somme que le partage est assimilable à du vol. Ce mensonge sera inévitablement, à l’instar de la loi HADOPI et de ses défenseurs, balayé par l’Histoire.
La révolution numérique et les nouveaux moines copistes
Un article publié par La quadrature du net , site collectif de citoyens français qui informe sur des projets législatifs menaçant les libertés et le développement économique et social à l’ère du numérique.
Il convient de s’attarder sur la nature même de cet environnement numérique : elle se base sur la faculté nouvelle de représenter tout produit de l’esprit humain par une suite de 0 et de 1. Cette nouvelle capacité, dont la technologie a doté l’humanité toute entière, permet à chacun de réaliser ce qui n’était autrefois possible que pour une poignée d’acteurs industriels contrôlant des chaînes de fabrication de copies et des canaux de distribution. Eux-mêmes avaient obtenu cette capacité par l’imprimerie de Gutenberg, créant un contre-pouvoir face aux monopoles des moines copistes sur la distribution du savoir.
Pour poser les choses clairement : la technologie permet aujourd’hui à chacun de copier, à l’infini, de l’information et des œuvres pour un coût négligeable et de devenir son propre canal de diffusion. Il s’agit sans doute du plus formidable apport pour notre civilisation depuis l’invention de l’imprimerie.
S’il est évident que cela signifie une érosion inéluctable des nouveaux moines copistes, dont le modèle économique reste entièrement basé sur le contrôle de la production et de la distribution de copies, assimiler à du vol ce phénoménal progrès technologique et tous les bénéfices sociaux, économiques et culturels qu’il engendre, est un non-sens historique.
Matériel et immatériel : soustractions et multiplications
Les biens numériques sont dits non-rivaux et non-exclusifs, contrairement aux biens physiques : lorsque l’on vole une montre, son ancien propriétaire ne peut plus s’en servir. De même que si une montre existe en 10 exemplaires, elle sera inévitablement plus chère que si elle existe en 10 millions d’exemplaires. De ces caractéristiques des biens matériels découle la rareté sur laquelle leur économie est fondée. Lorsque il y a vol, il y a nécessairement soustraction.
À l’inverse, chacun peut profiter d’un bien non-rival et non-exclusif, à l’image d’une idée que l’ont peut partager avec 2 ou 20 personnes sans en perdre les bienfaits. Les usages se multiplient, voire s’enrichissent mutuellement. C’est une économie basée sur l’abondance. La valeur se trouve ailleurs (dans la captation de l’attention et le service notamment). La propagation de biens immatériels est une multiplication.
Un mensonge d’État
On saisit ici la portée du mensonge historique de Christine Albanel et des industries qu’elle défend : assimiler la rareté à l’abondance, le partage au vol, le matériel à l’immatériel, est un combat perdu d’avance, digne de la ’novlangue’ de George Orwell [1].
La grande majorité des industries culturelles, alliée au Gouvernement, préfère maintenir le statu quo en luttant contre le partage des œuvres, tournant ainsi le dos aux progrès indéniables que représentent ces pratiques. Elles refusent de voir l’apport historique qu’induit la libéralisation de la circulation des œuvres culturelles qui pourtant, plus que jamais, façonnent nos identités et nos représentations collectives.
Pour étayer ce mensonge d’État, les défenseurs du projet multiplient les raccourcis statistiques trompeurs et faussent le débat sur les conséquences économiques réelles du partage de fichiers. Une étude récente, commanditée par le Gouvernement néerlandais, montre ainsi que les utilisateurs de réseaux peer to peer ne diminuent pas leur consommation marchande de biens culturels relativement au reste de la population [2]. Cela explique sans doute pourquoi, parallèlement à l’essor du partage de fichiers en France, la fréquentation des salles de cinéma a atteint des records pour l’année 2008 (+ 6,2% en France en 2008 contre à peine + 0,3% en Europe [3] ) ou que le cinéma français bat actuellement des records de production [4].
La situation actuelle, loin d’être une crise réductible à la simple violation du droit d’auteur, rend nécessaire une reconfiguration profonde de l’industrie du divertissement à l’ère numérique. Ainsi, plutôt que de tenter de se servir vainement de la loi comme rempart contre les nouveaux usages, plutôt que de faire obstacle au progrès, il faut réfléchir à des règles adaptées à la société de la connaissance et participant au financement de la création [5]. Une nécessaire adaptation du droit d’auteur qui irait, cette fois, dans le sens de l’Histoire.
[1] Dans son ouvrage "1984" un État totalitaire vide le langage de son sens en faisant croire que "la guerre c’est la paix", "la liberté c’est l’esclavage" et "l’ignorance c’est la force".
[2] Ups and Downs, Economic and Cultural effects of file sharing on music, film and games, TNO (2009)
[3] D’après l’Observatoire européen de l’audiovisuel
[4] Le Monde, Le Cinéma français bat des records de production (19 mars 2009)
[5] Philippe Aigrain, co-fondateur de la Quadrature du net, suggère des pistes de réflexion ainsi que des solutions dans son livre Internet et Création.
©© Brest-ouvert, article sous licence creative common info
Chanteurs et cinéastes s’associent pour défendre le texte Hadopi
Le principe de riposte graduée séduit le monde des artistes. Et même ceux qui ne portent pas le gouvernement dans leurs coeurs approuvent l’idée d’alerter puis de sanctionner par une suspension de l’accès à Internet l’internaute récidiviste. Lundi, alors que l’examen du texte était à l’ordre du jour à l’Assemblée nationale, une quarantaine d’entre eux se sont réunis au théâtre de l’Odéon pour exprimer leur ras-le-bol. Revue d’effectifs.
"Quand on va dans un musée, on ne repart pas avec un tableau sous le bras. Défendre la loi d’un gouvernement avec lequel on n’est pas forcément d’accord n’est pas un exercice facile. Mais cette loi est juste", estime le jeune chanteur Da Silva.
"Aux yeux de certains, il semblerait que voler une oeuvre de l’esprit ne soit pas un vol !", s’insurge le scénariste Jean-Claude Carrière.
"Pour élever ma gamine, il faut que je gagne ma vie", souligne la jeune chanteuse Agnès Bihl. "Si on ne peut plus le faire en chantant, il faudra prendre un autre boulot ; on va tomber dans l’amateurisme", argumente-t-elle.
La chanteuse Françoise Hardy est "absolument d’accord avec cette loi". "C’est notre gagne-pain que nous défendons", souligne-t-elle. Son fils, le chanteur Thomas Dutronc, estime que "les jeunes artistes sont en danger". "Ceux qui ne défendent pas la loi sont démagos", ajoute-t-il.
Le chanteur Sanseverino s’agace que l’on puisse faire passer les défenseurs de cette loi pour une "bande de gros bourgeois" qui ont peur de se faire voler. "Il va bien falloir faire des menaces pour que les gens arrêtent de télécharger", a-t-il considéré.
"La loi n’est peut-être pas parfaite. Mais quand j’entends dire qu’elle est liberticide, cela me rend fou furieux", s’est exclamé le cinéaste Alain Corneau.
"Je vis très mal d’être accusé d’être liberticide en défendant cette loi", a, quant à lui, déclaré le cinéaste Christian Carion, qui juge cela "insultant". "La finalité du texte n’est pas de couper l’accès à Internet. Son but fondamental est de rappeler que pirater est illégal", a-t-il dit.
Alain Chamfort relève que "pirater n’est en rien un droit fondamental". Il juge "inquiétante la violence de certains pirates" à laquelle il a eu l’occasion d’être confronté lors de "chats".
Le cinéaste Jean-Jacques Annaud s’est déclaré "stupéfait de la hargne de certaines personnes qui ont pris l’habitude de la gratuité".
Les chanteurs Dani, Christophe Mae, Arthur H., Maxime Le Forestier, le jazzman Didier Lockwood, les cinéastes Nadine Trintignant et Radu Milhaieanu participaient également à la rencontre, organisée par la Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique (Sacem) et la Société des auteurs et compositeurs dramatiques (SACD).
http://www.lepoint.fr/actualites-te...
Réaction :
La chanteuse Françoise Hardy est "absolument d’accord avec cette loi". "C’est notre gagne-pain que nous défendons",
Peut on considérer ces personnes comme des artistes, une qualification complètement dévoyée par les temps, comme pour le durable ici tout y est mélangé.
Entre les amuseurs de l’industrie de divertissement et ce que l’on devrait cataloguer artistes, il y a de quoi réduire cette dernière corporation à peau de chagrin.....
Son fils, Dutronc, s’il a de bonnes capacités techniques pour exécuter des morceaux de musique, ne doit pas pour autant être considéré comme artiste, un chansonnier tout au plus.........mit en évidence par les médias car fils à papa. Je tiens le pari que dans nos campagnes plus d’un guitariste lui arrive au-dessus de la cheville et dont on entendra jamais parlé.
Cette oligarchie show-biss, combien même quand elle discourt correctement sont la plupart du temps hors réalité de nos vies,
Les stars de la chanson, tout comme les stars du sport ne méritent pas plus que cela en considération, ces activités et de mon point vue ne devraient pas être mis tant que ça en avant à faire baver tous les addos, de les faire miroiter des carrières d’élites médiatiques et ultra réservées.
Comment expliquer que ce staff arrive à produire des cinéastes, des chanteurs, des acteurs des comédiens, voir des écrivains et en affiliation de pére en fils de mère en fille, etc etc ....faut eux aussi les remettre à leur juste place, c’est à dire les strapontins de la culture, cette culture qu’ils ont la prétention de représenter en partie....Faut il en rire, c’est plutôt désolant de constater leur arrogance médiatique.
Et surtout quand en réalité ce projet de loi ne leur rendra rien de plus de ce qu’ils ont déjà en trop. De petits esprits a ce prendre pour des saints esprits.
Le foot au stade municipal, le spectacle musical à la communale, les artistes eux sont très rares et souvent inconnus dans leur temps.


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